Polyglossie

Calligraphie chinoise et japonaise - Humeurs d'un polyglotte

mardi, avril 25, 2006

De l'eau

Il m'arrive de me vanter d'avoir tué un cactus. Je devrais avoir honte, je sais. Suite à cet exploi, j'ai assez de bon sens pour ne pas m'approcher des plantes vertes, on n'est jamais trop prudent. Certains disent que j'ai trop donné d'eau à mon cactus, d'autres que je l'ai au contraire asséché, et d'autres encore que l'arrosage était à contre-saison. Ces débats d'experts autour de feu mon cactus m'ont plié de rire. Le plus sérieusement du monde, une simple tige épineuse faisait l'objet de savantes dissertations comme à un grand oral de thèse sur les plus précieux bonsaï. Quoi que...

La légèreté avec laquelle je traite le règne végétal cache une profonde admiration pour cette rencunière verdure. Mon goût de l'esthétique minimaliste m'ayant amené jusqu'au Japon, je dois avouer ma totale incrédulité devant les sculptures végétales qui s'exposent dans le moindre pot et au moindre coin de jardin. Apprivoiser la plante au point qu'elle vous survive et l'arbre au point qu'il se love dans un minuscule pot - voila qui dépasse mon entendement. Et pourtant, les arbres miniatures m'attirent comme autant d'oeuvres d'art. Je les observe, les scrute, les intérroge sans jamais approcher leur secret. Jusqu'à ce que je commence la calligraphie.

Devant soi, la feuille blanche. D'abord le statique bien planté d'un trait vertical, puis la dynamique d'une horizontale légèrement oblique et doucement courbée. Deux traits souples de part et d'autre, avec une sensible asymétrie qui développe la partie droite et inscrit le caractère dans une perspective brumeuse sans point de fuite. Et la révélation : un arbre 木. Un vrai arbre. Noir sur blanc, tout ce qui fait que l'arbre est arbre : la matière de l'encre, l'air en blanc sur le papier, la tridimentionalité de la composition, et surtout... l'eau. Dans un même élan, à nouveau un trait vertical fort et fier qui concentre l'énergie pour la faire rayonner, alors le pinceau glisse à gauche dans une fluidité liquide et brusque, se pose fermement et décharge de son énergie dans un unique va-et-vient puissant, la force du fluide se transpose alors à droite où tout coule inexorablement vers sa fin tranquile, quand l'eau enfin apaisée s'infiltre délicatement au plus profond de la terre dans un délicat murmure : l'eau 水. Les mêmes éléments végétaux que l'arbre, le fluide de la vie en plus, la force et l'apaisement, le minéral de sa brutalité et la douceur de sa fin organique. Magritte a tort : ceci est l'eau.

Regardez bien ce bonsaï, il a la même composition, le même équilibre asymétrique, la même assise puissante dans la terre, la même fluidité dans l'air, la même énergie forte et apaisée. La nature entière dans un pot comme sur le rectangle de papier.

1 Comments:

At 06:58, Anonymous Kaïkan said...

Bingo, le temps d'attente est long mais ça a l'air de fonctionner...
Je t'ai inscrit dans les destinations d'escale du Kaïkan.
C'est un plaisir tes partages sur la calligraphie et je sens que ce n'est qu'un début...
Belle journée à toi, Elie...

 

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