Polyglossie

Calligraphie chinoise et japonaise - Humeurs d'un polyglotte

jeudi, mai 04, 2006

Simplifié


Voici un nom chinois - 杜文丽. Il me semble que tout caractère est susceptible de devenir un prénom si les parents le décident. Je n'ai jamais vraiment compris la technique de choix, mais pour avoir demandé à des spécialistes sinophilo-sinophones, je n'ai pas de complexe à avoir car malgré leurs éclaircissements, je les soupçonne de ne pas tout saisir non plus. En tout cas, aucune version de nom occidental phonétiquement transcrit en caractères chinois n'aura jamais cette poésie, cette légèreté et cet équilibre. Il n'est de nom chinois que de nom en chinois.
http://www.lechinatown.com/index.php?showtopic=3378

Il est intéressant de noter que le troisième caractère est ici sous sa forme simplifiée. Beauté : 丽 ou 麗. Le simplié est la partie supérieure du traditionnel. Un vrai calligraphe aurait peut-être tracé un trait long en partie supérieure, mais je trouve qu'un trait court ajoute à la légèreté de l'ensemble. Une drôle d'entreprise, à vrai dire : passer des siècles à faire évoluer l'écriture, créer et adapter pour atteindre tout ce qu'il y a à atteindre, et soudain : bon coup de balais ! Quand on a des caractères à 20 ou 30 traints, l'envie de simplifier est un sentiment humain, il faut bien l'avouer.

Dans le cas de 丽, les références étymolgiques indiquent des variantes du simplifié en sigillaire, comme si une forme simple avait côtoyé une forme plus élaborée depuis des siècles. Quant à savoir si le caractère plus complexe était considéré comme sémantiquement plus clair par le jeu de sa composition ou s'il doit son succès à d'autres facteurs, je suis bien incapable de le dire. Toujours est-il que les simplificateurs de la Chine continentale se sont souvent donné la peine de plonger dans leur histoire pour mener à bien leur entreprise à vocation moderniste. Ce n'est sans doute pas le cas pour tous les caractères simplifiés, mais saluons au moins la conscience culturelle quand elle s'illustre. D'ailleurs, suite à la découverte de ces éléments d'histoire culturelle, j'ai un peu changé de vue sur la simplification. Trouver dans l'histoire des caractères les éléments de modernisation, voila une attitude plus profonde que les apparances pourraient faire croire.

En calligraphie, la simplification fait partie intégrante de l'acte artistique de création. Les styles cursifs lient les traits en un seul souffle créateur et les formes se fondent dans la suggestion de l'ordre normatif de la régulière. Mais sans référence, la forme artistique serait arbitraire en plus d'être abstraite. Or, les caractères sont des manifestations graphiques d'une langue réelle, qui est un bien commun sur lequel l'individu n'a pas droit de vie ou de mort. Ainsi, la simplification n'enlève rien à l'essence linguistique des caractères et ne les éloignent pas de l'acte créateur du calligraphe. Rien ne se pert, malgré la réelle transformation des formes.

1 Comments:

At 13:52, Anonymous Kaïkan said...

Eternelle tension entre le rapport respecté à la tradition, le simplifié et en fin de compte, comme une urgence de tirer de son propre corps une graphie vierge de tout contexte, de toute signification héritaire mais à peine ce pas est-il franchi que ressurgissent en apnée, les signes du passé ...
Alors, peut-être se laisser guider par ce va et vient tout en le conscientisant, en en devenant l'artisan plutôt que le jouet?

 

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