Polyglossie

Calligraphie chinoise et japonaise - Humeurs d'un polyglotte

vendredi, mai 12, 2006

Reculer d'un pas...

在矛盾面前退一歩海闊天空 Face aux contradictions, reculez d'un pas et l'immensité du ciel et de la mer s'offre à vous.

Je revenais d'une leçon de calligraphie. Un jour sans. Le pinceau était mystérieusement plus lourd et plus poisseux que d'ordinaire. Je ne le reconnaissais pas. Ou bien était-ce lui qui ne me reconnaissait pas ? La main pataude se déliait un peu au fur et à mesure que je gaspillais les feuilles de papier. La prof était trop polie pour me faire une remarque, elle se contentait de tracer et retracer les modèles pour que je ne perdisse pas courage. Son geste doux et posé finit sans doute par me rassurer, car le calme se fit en moi malgré la honte à peine dissimulée des mauvais jours. En une bonne heure, je parvins à peine à tracer quatre caractères bien proportionnés, mais avec des traits sales, mal finis, mal contrôlés.

Pourtant, il n'y a pas de honte à bafouiller du pinceau. De retour chez moi, je me mis à en rire. Je retrouvai un petit morceau de papier sur lequel j'avais écrit une maxime chinoise au stylo et qui me servait de marque page dans le livre que je trainais toujours avec moi dans les transports en communs. Face aux contradictions, reculez d'un pas et l'immensité du ciel et de la mer s'offre à vous.

Alors je pris mes feuilles quadriées à la chinoise, mon pinceau en poils de loup, le modeste modèle sous les yeux... et je traçai. J'en fis quelques pages. Tranquillement. Serainement. Face à la contradiction de ma contre-performence du jour malgré mes exercices réguliers, je reculai d'un pas avec mon pinceau : l'immensité du ciel blanc de la feuille et de la mer noire de l'encre s'offrit à moi. Je me lovai dans le silence de la nuit, je traçai lentement les caractères dans l'ordre, et la sérénité me revint. A celui qui patiemment travaille, il n'y a pas d'échec.

1 Comments:

At 13:02, Anonymous Anonyme said...

Quel joli moment ! Merci Elie...

 

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