Polyglossie

Calligraphie chinoise et japonaise - Humeurs d'un polyglotte

lundi, juin 05, 2006

Photoshop

Le dinosaure que je suis se dévergonde : avec photoshop. N'allez pas croire que je viens juste de l'acquérir, c'est un programme qui sommeille tranquillement depuis des années dans mon ordinateur que je ne réveille guère que pour changer les formats de mes photos. En fait, tout partit d'une frustration. Sur les feuilles parfaitement blanches, l'encre parfaitement noir offre un contraste puissant. Malheureusement, mon amateurisme coupable en photographie numérique ne lui rend pas justice. Les photos que je place ici sont sensiblement plus terne que ce que l'on voit en vrai. M'essayant quelques instants à reproduire l'impression réelle sur la version numérique, j'abandonne rapidement. Car en matière de contraste, photoshop est imbattable. La preuve.

Ce 心 - kokoro - serti de noir et rendu dans un contrast maximal par mes soins, est une surprise étonnante. Ce programme est en fait un outil de découverte formidable. Les épaisseurs de trait et les volumes de chaque mouvement sautent au visage, alors qu'il faut se concentrer pour bien les voir sur le papier. Tout devient plus violent et plus profond. Je me surprends à aimer ce mélange de manipulation numérique et d'art du pinceau. J'ai aussi manipulé quelques caractères calligraphié nettement moins bons que ce 心 et c'est un choc ! Le moindre défaut devient une monstrueuse horreur que la décence défend de montrer ici. Mais la manipulation magnifie aussi les exercices mieux réussis. Ce petit jeu me rassure indirectement sur l'avenir de la calligraphie dans le monde des médias. Très photogéniques, sortant plutôt vainqueurs des bidouillages graphiques, les caractères chinois et japonais calligraphiés se font naturellement leur place dans le monde digital qui nous dicte ses formats. La modernité n'est pas un monstre qui bouffe tout... qui l'eût cru ?

5 Comments:

At 12:40, Anonymous kaïkan said...

A choisir, en y revenant je préfère les nuances, même moins lisibles des travaux non traités par photoshop.
La sensibilité y trouve plus d'espace..

 
At 16:49, Blogger ElieDeLeuze said...

Bon, en fait, plus j'y regarde de près, plus je trouve que mon entousiasme était exagéré. Tu as raison.

Un peu comme les copies imprimées industriellement de formules toutes faites ou de caractères pour des concepts chers au coeur des occidentaux, ce 心 m'apparaît ce plus en plus fade. La masse noire du trait principal est non seulement plus dense à cause de l'augmentation artificielle du contraste, mais aussi plus lourde. C'est beaucoup plus statique que l'original sur papier. On perd le mouvement du pinceau, au profit malheureux d'un sentiment d'impression, comme un lourd tampon métalique de l'industrie de l'imprimerie. Le caractère est tombé sur la page, alors qu'au pinceau, il s'y est couché.

Rien ne remplace un original, et je me suis laissé impressionné par les effets faciles du bidouillage artificiel. C'était amusant la première fois, mais une fois la surprise passée, c'est morose.

Aaah... la superficialité du monde moderne.

 
At 08:11, Anonymous Gfa said...

La technologie ne pourrait-elle pas t'aider, en faisant par exemple, apparaître des défauts moins visibles à l'oeil nu ?

Mais, il est vrai qu'à vouloir corriger un petit détail de rien du tout, tu risques peut-être de perdre l'harmonie générale du caractère...

 
At 12:40, Blogger ElieDeLeuze said...

C'est vrai aussi, gfa. Dans l'exemple que j'ai mis pour illustré, par exemple, les deux points en haut à gauche apparaissent beaucoup plus pâteux sous photoshop que sur l'original. C'est dû à une encre un peu trop fluide, ou le pinceau était un chouilla trop chargé, on voit clairement des petits paquets d'encre sur l'image retouchée, alors que sur l'original, c'est moins évident, presque moins gênant.

Mais je les trouve quand même impressionnants, ces caractères digitalisés qu'on voit de partout sur les sites internet japonais et chinois. Un photogénisme certain, même au prix d'une perte de la subtilité graphique des originaux sur papier, assure à la calligraphie tout de même une présence assurée dans le monde digitalisé qui domine largement notre culture graphique et sans doute pour longtemps encore.

 
At 06:04, Anonymous Anonyme said...

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