Polyglossie

Calligraphie chinoise et japonaise - Humeurs d'un polyglotte

jeudi, mai 25, 2006

Gyôsho

Ceci est un simple caractère: 堂 - dô - qui signifie un grand hall ou un grand batiment, notamment les grandes salles de méditation des temples bouddhistes, voire même le temple lui-même, mais on le retrouve aussi dans des mots plus quotidiens. Etymologiquement, c'est à dire en regardant l'histoire et la formation du caractère en chinois, il est composé d'un élement phonétique 尚 prononcé (entre autre) dang4 et d'un élément sémantique 土 dans le sens de terre, et le caractère se prononce donc tang2. Mais ça, c'est du chinois. En japonais, après des siècles d'évolutions phonétiques et d'approximations dans la prononciation des emprunts au chinois, il n'y a plus aucun rapport entre l'élément phonétique qui aidait à l'origine les Chinois à le prononcer. Le temps rend les caractères de plus en plus mystérieux, de plus en plus magiques.

En regardant bien la façon dont je l'ai tracé, et en comparant à la forme d'imprimerie , on comprend qu'en chinois et en japonais, tout est dans le pinceau. L'écriture a été inventée au pinceau, pour lui et avec lui. Les formes sont faites à sa mesure, selon ses règles. Le pinceau est indétrônable, la calligraphie est l'origine même de l'écriture. Indissociables du pinceau, les caractèresportent en eux son corps et son esprit. L'apprenti calligraphe a pour tâche de faire vivre cette symbiose. C'est pourquoi il arrive un moment dans l'apprentissage où l'on passe au style courant, ou gyôsho en japonais. Comme ce 堂 à qui mon pinceau a tenté de rendre tous les mouvements de sa forme. Il faut simplement alier la lisibilité à l'expression de l'énergie intrinsèque du caractère. La chorégraphie du pinceau est visible, pour révéler le souffle porteur de création. C'est une façon différente de tracer, plus intime que la régulière aux lignes anguleuses et strictes. S'essayer à la courante gyôsho, c'est s'approcher un peu plus de l'essence de la calligraphie chinoise et japonaise. Et l'on apprend que la beauté est un mouvement : le geste du calligraphe.

2 Comments:

At 22:11, Anonymous Kaïkan said...

Non seulement, la beauté est un mouvement, mais il est vrai aussi que le calligraphe se miroite dans sa graphie, qu'elle soit copie ou imaginaire
Chaque impulsion, retenue, hésitation, libération met le signe en vie, elle lui insuffle une part de notre âme...

 
At 00:07, Blogger ElieDeLeuze said...

Ah... mais que de travail avant d'être capable d'insuffler consciemment et de façon contrôlée une personalité propre à ses calligraphies !
Il est cependant vrai que certains traits de style propres apparaissent tôt... comme mon habitude de faire des caractères alongés, par exemple :=D
Il y a tout de même une part de soi, quelque soit la qualité de ce que l'on fait, car plus le mouvement est visible sur la feuille, plus on se dévoile. Au début, on dévoile surtout sa maladresse, mais il y a aussi la douceur, la brutalité où la force. Juste un peu chaotiques au début...

 

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