Polyglossie

Calligraphie chinoise et japonaise - Humeurs d'un polyglotte

samedi, février 10, 2007

Neige


雪 -Yuki
Je n'aime pas la neige. Elle a le sadisme de tomber lentement, l'inélégance de tremper tout ce qu'elle touche, l'hypocrisie de ne cacher la boue que pour la dégorger au double en fondant, la cruauté de se faire glace sur les chemins piétinés, et la sottise d'exiter les envies de jeux bruyants des petits et de sports idiots des grands. Le très poétique manteau blanc de l'hiver n'est qu'un cache misère qui fige la saleté et la laideur de la décomposition organique. Sa pure blancheur ne dure que le temps d'un matin, pour se faire boue gluante et glaciale qui salit tout à son contact. La neige est un piège dans lequel les naïfs tombent volontiers, à la recherche d'une virginité facile, d'une pureté tombée du ciel.

Le caractère est pourtant d'une élégance à peine asymétrique, presque anthropomorphe et se courbant délicatement en avant pour faire une révérence moqueuse au pinceau qui rend un tel monstre aussi gracieux. On dirait qu'il sait qu'il est beau. Alors comme la neige recouvre la crasse du monde, le trait de mon pinceau se métamorphose en trainée blanche sur un noir de suie.

3 Comments:

At 22:21, Anonymous Liu said...

J'aime la neige ... Je l'aime pour sa beauté éphémère. Elle vit le temps de son envol et se meurt inexorablement au premier contact terrestre. Un peu comme les bulles de savon dont les reflets magiques éclatent au premier frisson d'air... J’aime la neige qui vit dans les airs, pas celle qui se meurt sur terre. Son caractère semble s’amuser de son éternité figée sur le papier. On imaginerait facilement la danse d’un flocon tournoyant et dansant vivement dans la bise obscure et froide… Merci Elie.

 
At 21:46, Blogger ElieDeLeuze said...

Merci, Liu, de me montrer le bon côté des choses :-D

 
At 14:54, Anonymous Aldi 76 said...

Je découvre ce jour ton blog (j'en suis fort désolé, mais après tout il n'y a pas de hasard, juste la rencontre de 2 énergies ...) !
Quoi qu'il en soit, je partage l'analyse de Liu, et dirai même que la neige n'a de vérité qu'en son état de flocon virevoltant; quelle beauté ultime, la nuque d'une femme, sa jambe mouvante, belle et fragile, insaisissable.
Au sol, la neige est déjà à l'agonie, déjà elle s'abandonne à un état solide pour mieux s'échapper bientôt...liquide et de nouveau non préhensible....

Peut-être est-ce pour cette dernière raison que tu l'as représentée en blanc sur noir, t'en saisir et avoir l'illusion de physiquement l'appréhender(?)

 

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